De l'utilité du superflu

Ecrit par : Flavio Nervegna, Président | Publié le :

Il m’a rarement été donné d’apprécier le moment sans l’artifice, de me sentir utile, avant la création de TOUS À TABLE.

Bien souvent, j’ai pensé toucher l’autre par ce que j’appelai pertinence ou compétence, et de le croire ému de l’exécution d’une tâche, l’approche d’un objectif. Je me leurrais. J’ai appris, ces dernières années combien il est simple de procurer la joie, et combien recevoir les autres autour d’une table généreuse valait tous les efforts.

Parce que le tissus social, particulièrement en France, se crée autour de la table, parce que lors du moment sacré du repas se noue partage et héritage, saveurs, éclats, échanges. Parce qu’il n’existe pas de différence entre nous, tous, face à cette transmission, du goût, du verbe, de cet espace de confidence lié au repas.

Aujourd’hui, ces milliers de personnes reçues par notre intermédiaire chez ces grands faiseurs de plaisir que sont les restaurateurs, ces dizaines de travailleurs sociaux, soucieux de ce moment fugace mais essentiel pour des personnes ayant quelquefois perdus tout repères, nous confirment la nécessité d’ouvrir les portes et d’y inclure les autres, ceux que la vie a malmené, et qui méritent leurs places à table.

TOUS À TABLE a montré que ce « vivre ensemble » qui semble si lointain est pourtant bien proche, et étonnamment simple.

Je le vois chaque fois que coexistent ces populations lors de nos actions.

Alors je vois les pupilles arrondies des enfants, la gourmandise naître d’abord dans le geste, le plaisir d’abord discret puis confiant, et je m’émerveille du mélange délicat et de la saveur si douce d’une recette pourtant si banale.